J'arrivais dans une maison, en plein centre-ville, elle était grande, elle était belle, elle était abandonnée, elle était sombre, elle était sinistre... Un grand couloir sombre avec un dallage de marbre. A droite une grande cuisine, avec une cheminée en pierre, le parquet qui grince, sombre aussi, tellement vieux et sec que j'en voyais la cave au travers. A gauche en entrant dans la cuisine, il y a des chaussures de fillettes... Trouées, poussiéreuses, mystérieuses, en tas, une centaine, peut être plus, je ne sais pas. Dans ce rêve je suis petite, innocente, intriguée dans cette grande maison dont je n'ai pour l'instant aperçu que le hall et une partie de la cuisine. De l'autre côté, à droite en s'approchant des grandes fenêtres j'aperçois des placards... Puis je tombe! Je tombe dans la cave, sombre, puante, encombrée, d'autres sandales, toutes noires comme en haut, des poupées au visage blême et au regard froid me fixent. J'ai peur! Ma mère m'attrape et me remonte. Je continue d'explorer... je sens une présence, une présence malsaine, un je ne sais quoi... Je tremble. Je tremble comme une feuille, je grelotte, il fait froid ici. En face, le salon, gigantesque, encore plus que la cuisine, des feuilles mortes par terre comme dans le hall et la cuisine. Au fond en face, des rideaux rouges sur une estrade, un théâtre? Une scène? Ca m'impressionne. A gauche une cheminée, en pierre, à droite un mur seulement rempli de lézardes gigantesques... Je sens quelqu'un derrière moi, un souffle, je me retourne brusquement, il n'y a rien. Ma mère est montée à l'étage, j'entends l'escalier colossal qui grince sous ses pas. Je n'ose pas la suivre, mais je ne veux pas non plus rester toute seule. Je veux rejoindre ma s½ur, mais elle est en haut. Je cours, je dévale les escaliers à en trébucher, j'arrive à bout de souffle, j'ai peur, je pleure, je suis soulagée en même temps. Quelle sensation étrange, de peur et de soulagement mélangé... Là-haut tout est sombre encore... Ma s½ur me force à sortir me voyant tremblante, je ne veux pas la laisser, j'ai peur pour elle, je sens des craquements sinistres. Je me tiens à elle, m'accroche. Non ne me laisse pas! Les vitres... Non! Pas elle! Elles explosent... Elle m'a demandé de courir juste avant, j'ai eu le temps de descendre quelques marches, les éclats volent en tous sens. Je ne peux m'empêcher de crier, je suis horrifiée, je regarde, les yeux écarquillés, sans pourvoir bouger, sans respirer... Elle me crie de sortir, je trouve une force que je jugeais perdue sous le choc et cours vers la grande porte d'entrée. Elle ne me suit pas. Elle est restée en haut, A peine sortie, sanglotante, que les portes claquent à en briser les vitraux. Les gens dans la rue ne prêtent pas attention à moi, je suis seule, minuscule, perdue, dans cette gigantesque ville, blessée plus intérieurement qu'extérieurement. Mes coupures ne sont rien en comparaison au désespoir que je ressens... Mais que vais-je faire?